Le ultime

COP21, l’accord ne saisit pas le problème

Dans l’Accord de Paris de la Convention-cadre sur les changements climatiques rédigé en conclusion de la COP21, le mot développement revient 103 fois, développé 120, croissance seulement une fois, mais autant qu’il faut : « Il est essentiel d’accélérer, d’encourager et de permettre l’innovation pour une riposte mondiale efficace à long terme face aux changements climatiques et au service de la croissance économique et du développement durable », comme d’après l’alinéa 5 de l’article 10.

Développement, pays développé, pays en voie de développement, pays sous-développé, croissance. Si l’on considère la fréquence et l’unanimité avec lesquelles de telles expressions sont employées par les média, les institutions et les communs citoyens dans leur langage quotidien, on dirait des appellations inoffensives qui servent à distinguer les pays du nord des pays du sud et à définir un degré plus ou moins satisfaisant de bien-être au sein de la société humaine, à son tour divisée en nations. En vérité, elles sous-entendent un dogme : ce même bien-être dépendrait d’un système économique bien spécifique, celui sur lequel sont fondées nos sociétés, né avec la Révolution industrielle, basé sur la concurrence et le compétition, la production de masse, la publicité, le commerce globale, le travail salarié et/ou le chômage.

Pourtant, s’il y a une chose qui a été retenue par tout le monde à propos de cette COP21 c’est justement son objectif : limiter le réchauffement climatique au-dessous des +2°C (1,5°C, dans la meilleure des hypothèses) par rapport à la température terrestre dans l’ère préindustrielle. Pourquoi donc cela n’a pas été un argument suffisant pour suggérer à l’élite mondiale que les vrais problèmes sont justement l’industrie et l’adhésion globale au système économique actuel ? Le fait de ne même pas prendre en considération l’idée de le remettre en question est, de mon point de vue, une erreur fondamentale e, j’oserais dire, une faute extrêmement grave, du moment qu’est en jeu la vivabilité même de notre planète.

C’est une question de logique.

Mes grands-parents habitaient à la montagne. Ils avaient des vaches qu’ils menaient paître. Ils en tiraient du lait avec lequel il faisait du fromage. Dans leur potager ils cultivaient des haricots, des légumes et du maïs qu’ils amenaient moudre au moulin. Il n’y avait aucun déchet, car tout ce qui restait était offert en pâture aux poules, qui pondaient des œufs. On se déplaçait à pieds ou à vélo. Presque personne n’avait de voiture, mais il y avait toujours quelqu’un au village qui savait jouer l’accordéon et on allait danser. Emissions de gaz à effet de serre : proches du zéro.

Moi, j’habite dans une métropole, je ne cultive ni élève ce que je mange. J’aurais très bien pu vivre jusqu’à aujourd’hui sans avoir jamais vu un potager, une poule ou un cochon : de toute façon au supermarché je peux acheter des œufs, de la viande et du fromage cultivés, élevés ou produits à quelques kilomètres d’ici ou de l’autre côté du monde, arrivés par des transports alimentés grâce aux énergies fossiles. Je peux manger les tomates, les courgettes et les aubergines tous les mois de l’année, grâce aux pesticides et aux serres chauffées. Je peux acheter de la nourriture, car j’ai un travail qui me fournit de l’argent. Pour y aller je prends le métro. Pour en exécuter les taches, je me sers d’un ordinateur qui reste allumé 24 heures sur 24. Il n’y a ni de pâturages ni de prés aux alentours et la ville est très stressante, donc des fois j’ai envie de partir en voyage. Du moment que je dois travailler – car, si je ne travaille pas, je n’ai pas d’argent pour manger – il me reste très peu de temps pour les vacances, je suis obligée de me dépêcher et je prends l’avion, car c’est un moyen de transport très très rapide. Emissions de gaz à effet de serre : nettement au-delà de la logique. Et dire que je n’ai même pas de voiture !

Bref, de mon point de vue, ce sont justement les concepts de développement et de croissance économique, avec cet air tellement neutre, cette façon de se présenter comme une réalité irréfutable, qui cachent subtilement le vrai noyau du problème, le germe de l’illogisme. Ils partent du principe selon lequel une société, pour être en santé, doit produire et vendre toujours plus. C’est tout. D’où, entre autre, l’aberration d’objets programmés pour se casser rapidement : la durabilité ne doit pas freiner la production et la vente illimitée ! En somme, quand je lis des documents officiels qui parlent d’“une riposte mondiale (…) face aux changments climatiques et au service de la croissance économique et du développement durable”, j’en suis glacée. On en est vraiment resté à la production illimitée ? Nous n’avons toujours pas compris que la solution est d’arrêter de produire ? Que la plupart des choses que nous produisons sont inutiles et polluantes ? Que la publicité, indispensable à créer en nous le besoin de les acheter, est inutile et polluante aussi ? Que la plupart de nos boulots n’ont aucun sens, en tant que partie d’un engrenage trop grand duquel nous avons perdu le fil ?

S’affranchir du dogme, retrouver la logique des choses sont des actions indispensables pour sortir d’un cercle vicieux qui nous mène vers la catastrophe.

(Traduit de l’italien : COP21, l’accordo non coglie il problema)

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